La conservation coercitive est un système défaillant : Pourquoi le non-respect des droits fonciers des peuples autochtones pygmées est-il source de conflits, violations des droits humains et destruction environnementale dans le Parc National de Kahuzi-Biéga (PNKB) ?

Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones – Événement parallèle organisé par Minority Rights Group International
29 avril 2021 à 11h15 (New York) / 16h15 (Londres) / 17h15 (Bukavu)

Cette table-ronde débattra des questions relatives au non-respect des droits fonciers des peuples autochtones et de leur manque d’accès à des mécanismes de compensation, problématiques qui sont au cœur d’un modèle de conservation de la nature défaillant. Elle présentera la situation des peuples Batwa du Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB) comme exemple paradigmatique des échecs de ce modèle de conservation.

Dans les années 1970, la République démocratique du Congo (RDC) a expulsé les peuples autochtones pygmées Batwa de leurs terres ancestrales situées dans le PNKB sans leur consentement, ni leur consultation préalable. Privés de leurs terres et de fait, empêchés de cultiver leurs moyens de subsistance traditionnels (y compris leurs pratiques religieuses et culturelles), les Batwa sont contraints de vivre dans des villages d’accueil en périphérie du parc. Ils subissent une discrimination profondément ancrée dans la société congolaise et se voient refuser un accès à la justice et aux services sociaux essentiels. En conséquence, ils souffrent d’un taux élevé de malnutrition, de maladie et de mortalité. Les membres de la communauté Batwa qui retournent sur leurs terres ancestrales pour y exercer leurs pratiques culturelles traditionnelles, cueillir des plantes médicinales, chercher de la nourriture ou chasser sont emprisonnés, battus et parfois tués par les écogardes maintenant l’ordre avec violence au sein du parc.

Les Batwa n’ont pas été indemnisés pour l’expropriation de leurs terres, et aucune option de réinstallation ne leur a été offerte. Les poursuites juridiques intentés au nom des Batwa auprès des juridictions congolaises en 2008 ont été inefficaces. Bien que la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples se soit saisie de la plainte déposée au nom des Batwa en février 2016, l’affaire reste pendante sur le fond.

Les retards excessifs liés au règlement de leurs revendications ainsi que les conditions de marginalisation extrême des Batwa qui vivent à la périphérie du parc ont poussé certains membres de la communauté à se réinstaller à l’intérieur des frontières du PNKB. Cette réinstallation a conduit à une intensification du conflit entre les Batwa et les autorités du parc. Les écogardes soutenus par l’armée congolaise ont eu recours à des modes de punition collective, en pillant les villages Batwa, en incendiant des maisons, en détruisant des biens et en traitant les membres de la communauté avec une extrême violence, qui a parfois conduit à la mort de plusieurs membres de la communauté Batwa.

Les intervenants expliqueront pourquoi une autre approche de conservation de la nature fondée sur les droits humains est nécessaire afin d’assurer le respect d’un état de droit, le bon fonctionnement d’institutions efficaces et la paix sociale, mais également la durabilité et la protection de l’environnement. Les intervenants proposeront également des pistes de réflexion sur le rôle que les peuples autochtones et les communautés locales devraient jouer dans la conservation de la nature (et, en particulier, les raisons pour lesquelles la reconnaissance des droits fonciers coutumiers offre une alternative durable au modèle de conservation coercitif qui prévaut aujourd’hui).

Modératrice : Felana Rakotovao, Coordinatrice du programme pour les peuples autochtones, Rainforest Foundation Norway (RFN)

Intervenants :

  • Shauri Mulimo, leader femme twa pygmée, victime de l’expulsion du parc national de Kahuzi-Biega vivant dans le village d’accueil de Lukungula à Kalehe
  • Maître Innocent Bisimwa, plaideur près les tribunaux du Sud Kivu accompagnant les Batwa et communautés locales et conseiller technique à l’institut Environnement, Ressources Naturelles et Développement (ERND)
  • Maître Candy Ofime, avocate, Minority Rights Group International (MRG)
  • Lassana Koné, juriste, Forest Peoples Programme (FPP)
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